Le Chantou

Johan Padan à la découverte des Amériques

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Le chantou

présente

"Johan Padan à la découverte des Amériques"

(de Dario Fo, Adaptation et traduction de Toni Cecchinato et Nicole Colchat)

le samedi 9 février 2019 à 20h

à la salle des fêtes des Martres de Veyre

Jeu : Fabrice Coudret (Intervenant théâtre au Chantou)

Mise en scène: Patrick Peyrat

Lumières :Catherine Reverseau

Scénographie : Patrick Peyrat, Fabrice Coudret

 

“Ecoutez ce silence, quel grand fracas il porte en lui ; et rien ne sert de se couvrir les oreilles.”

« Lorsqu’un enfant naît, ses parents s’empressent de le faire rire, en lui faisant des grimaces. Pourquoi ? Parce que, au moment où il rit, cela signifie que l’intelligence est née. Il a su distinguer le vrai du faux, le réel de l’imaginaire, la grimace de la menace. Il a su voir au-delà du masque. Le rire libère l’homme de la peur. Tout obscurantisme, tout système de dictature est fondé sur la peur. Alors, rions ! »
Dario Fo

Une histoire sur le dialogue des civilisations, l’à-propos aujourd’hui crève les yeux. 

Cela fait maintenant 3 ans que j’ai commencé à sentir que jouer Johan Padan à la découverte des Amériques de Dario Fo devenait une nécessité personnelle ; j’étais plongé fin 2012 dans la parole d’Aimé Césaire pour le premier spectacle de « la petite bulle » ; et notamment « Cahier d’un retour au pays natal » et le « Discours sur le colonialisme ».
Les résonnances entre les questions de Césaire, celles de Dario Fo, les miennes et celles « du monde » sur le sujet du contact des civilisations et leurs effets étaient assourdissantes.
Que des gens et des peuples radicalement différents se rencontrent, c’est inévitable. C’est même souhaitable. Mais ce sur quoi nous pouvons agir c’est la manière de cette rencontre. Car les rencontres nous changent, ce que nous observons nous observe, ce que nous touchons nous touche.
Le temps a passé, et l’urgence de ce texte n’a fait que croître.
Johan Padan explore et expose les différents possibles des relations interculturelles ; « inter- mondes » devrait-on dire, et les changements qui en résultent. Sans manichéisme : des cannibales et des rôtisseurs d’hommes on en trouve dans toutes les cultures.
L’histoire
C’est l’histoire d’un européen qui rencontre « les indiens » …
Johan quitte contraint et forcé l’Europe vers les Amériques pour échapper au bûcher. Le premier trait de génie de Dario Fo est là, nous offrir une piqure de rappel, un vrai prologue sur la façon dont l’Europe peut traiter les siens avant même que nous abordions le sujet de la façon dont elle traite les « sauvages », et comment les « impératifs économiques » conditionnent la façon dont nous traitons l’autre plus que nos différences apparentes.
Et puis la tempête dans laquelle Padan et ses compagnons, formant la plus basse couche sociale du navire se retrouvent abandonnés avec leurs pourceaux à la fureur des flots : le résultat étant que leur rencontre avec les Indios se fera dans la faiblesse la plus extrême plutôt que soutenus par la puissance des canons.
Puis le nouveau périple commence, dans lequel nous verrons l’européen tenter de survivre, éviter de finir en rôti dans les ventres cannibales ; s’adapter ; tenter de « civiliser » ses nouveaux compagnons, inconscient que peut-être le plus grand changement se fait en lui-même, au fil des péripéties traversées.
Il n’aura de cesse de retrouver à tout prix ses compatriotes, alors même que s’opère en lui une transformation qui le rend « autre », ni tout à fait indien, ni tout à fait européen…

Les questions et les enjeux

Qu’est-ce que la « civilisation » ? Qu’est-ce que la « barbarie » ou la « sauvagerie » ? Et en regardant bien, peut-on vraiment distinguer les différences ?
Appelons-les des « visions du monde » différentes : quand elles se rencontrent, le « choc » est-il obligatoire ?
Et quand le choc a lieu, comment s’en dépêtrer ?
Et la religion dans tout ça ?
Et la bouffe ; les différentes manières de faire rôtir l’humain ?
Ces questions nous sont joyeusement lancées dans l’histoire de Johan Padan
La verve de Dario Fo, le saltimbanque prix Nobel ; nous entraine avec vivacité dans cette aventure de plusieurs années jouées en deux heures par l’acteur seul en scène.
C’est du théâtre comme je l’aime, celui qui donne la distance de la bienveillance et de la joie aux questions graves ; plein d’intelligence sans être obscur ; celui qui plutôt que d’asséner un message « met en lumière ».
Et mes enjeux d’acteur, d’artiste : garder le public alerte, jongler avec les multiples personnages de l’histoire tour à tour interprétés par Padan, opérer la nécessaire métamorphose à vue du rôle traversé par les évènements
Et partager la jubilation du jeu.

Fabrice Coudret

 

La note du metteur en scène

À vocation clairement didactique, cette farce jouée en monologue est surprenante par le condensé critique qu’elle offre. L’obscurantisme en a pour son compte, les faux prophètes sont démasqués et les bons samaritains ne sont pas épargnés non plus. L’impérialisme conduit au nom de la religion et des intérêts d’un capitalisme naissant (ce sont les débuts de la lettre de change) est vilipendé jusque dans ses recoins casuistiques les plus absurdes.
Mais comme une leçon n’est jamais mieux apprise qu’en riant, Dario Fo s’en donne à cœur-joie. Plutôt que de se demander, à la manière de certains sophistes, s’il y a un droit à coloniser, l’auteur irrévérencieux et diablement enragé a décidé qu’à partir du moment où la vie d’un homme ne vaut pas celle d’un pourceau, les élucubrations théologico-philosophico-juridiques sont bonnes à jeter au feu. Que le spectacle commence…et la résistance aussi !

Monter Dario Fo, c’est avant tout et en premier lieu, une histoire de comédien, ses textes, son théâtre et sa littérature foisonnent et demande une générosité à la hauteur du personnage.
Jouer Johan Padan, seul en scène est donc réellement un défi qu’un comédien se lance. Il va falloir respirer une multitude de personnages, se retrouver dans des situations extrêmes et réussir à nous embarquer sur le bateau de cette histoire.
J’ai accepté d’accompagner Fabrice Coudret dans cette aventure pour l’aider à relever ce défi mais aussi parce que je suis un admirateur de la verve de Dario Fo et que cet univers théâtral me fascine avec un propos essentiel.
Il est vraiment difficile de pouvoir donner les axes scénographiques de ce spectacle avant d’avoir attaqué le travail du plateau, tout spécialement sur ce texte ou nous souhaitons justement démarrer le travail plateau-nu et nous questionner en cheminant la narration pour amener l’essentiel. Toutefois, Il s’agit d’un théâtre de tréteaux et nous imaginons pouvoir jouer partout, dehors-dedans, dans des petits et grands espaces et cette contrainte est pour nous capitale.
Nous allons imaginer un dispositif simple, autonome.

Patrick Peyrat

Projet formel, choix de l’équipe

C’est, du point de vue de l’équipe au plateau, un seul-en-scène.
Mais c’est du théâtre : l’acteur a donc la difficile tâche de fabriquer seul les conditions de déséquilibres maîtrisés nécessaires à la création de l’instant ; les espaces dans lesquels le public se cherchera et se retrouvera.
Cela implique un travail en amont, très, très considérable, surtout pour un spectacle de deux heures. Il était donc indispensable qu’un metteur en scène solide puisse m’épauler et plus. Et parce que je suis persuadé de la qualité « collective » de la création théâtrale ; qu’il soit plus qu’un troisième œil mais bel et bien un créateur qui apporte son univers ; qui me présente des défis, des surprises, et ne me laisse pas m’encroûter dans une seule vision. L’oxygène de la différence.
C’est pour ça que j’ai demandé à Patrick Peyrat, parce que j’ai senti en voyant son travail qu’il y avait un espace riche « à naître » entre son regard et le mien. Nos premières discussions sur le texte m’ont permis de vérifier qu’il m’apporterait des éclairages sur des angles auxquels je serais autrement resté aveugle.
À la lumière, Catherine Reverseau, parce qu’ayant travaillé avec elle au sein de la compagnie Dédale j’ai été touché par son approche très sensible de la lumière ; à la fois cohérente et instinctive ; une vraie « dramaturgie sensible » de l’éclairage.


Fabrice COUDRET

Présentation  

L’auteur

Dario Fo est un « dramaturge total », ou « homme de théâtre », c’est-à-dire qu’il est tout à la fois acteur, auteur et metteur en scène.
Né en 1926 en Lombardie, Italie, Dario Fo est héritier d’un théâtre populaire de tradition orale dont il également un réinventeur.
Véritable transgresseur, il sera un des artistes les plus censurés de son temps, pour les défis sans cesse renouvelés qu’il lance aux puissances qui sont.
Son théâtre se caractérise par la joie qui l’imprègne autant que par la force des idées qui s’y épanouissent ; et sa capacité à mettre en lumière ce que « ceux qui nous veulent bétail » tentent de camoufler.
Il reçoit en 1997 le Prix Nobel de Littérature pour avoir « dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé le pouvoir et restauré la dignité des humiliés. »

PATRICK PEYRAT

Il est élève au Conservatoire de Clermont-Ferrand de 1987 à 1988, au Conservatoire de Lille (Section professionnelle) de 1989 à 1992. En tant que comédien, il joue avec le Théâtre du Prato, Sous le plus petit chapiteau du monde (92,93), En attendant Godot (94,95), avec la compagnie l’œil Ecoute, La nuit italienne (93), Peep Schow dans les Alpes (97), avec le Théâtre Narration, La place royale (95), Doruntine (98), Neige (2005) avec le Théâtre des guetteurs d’ombres, Tohu bohu (2000), paroles de quartier (2002), avec Le Cyclique Théâtre sur Le Plan Américain (2012), avec la Cie de l’Abreuvoir, Tous les matins je me lève (2014).

En 1999, il créé sa propre compagnie, la compagnie de l’Abreuvoir à Clermont-Ferrand, avec laquelle il joue comme comédien en 2000 Y’a d’la joie, solo de clown avec pianiste, puis crée en tant que metteur en scène Très tôt sinon rien en 2002 et Confession d’un citoyen en 2003 au Théâtre du petit vélo. En janvier 2004, La compagnie de l’Abreuvoir et le Théâtre Narration crée le spectacle Neige sur le plateau de la Scène nationale de Gap. En 2005, il met en scène Que sont les dieux devenus ? de Joel Mespoulède, en 2008, Novecento pianiste d’Alessandro Baricco, en 2011, Le retour du roi de Joel Mespoulède, en 2014, Building de Léonore Confino et Tous les matins je me lève de Jean Paul Dubois, en 2016, Le petit chaperon de ta couleur d’après Vincent Malone.

FABRICE COUDRET

Il commence le théâtre petit, joue 3 pièces au Lycée, passe 2 ans au conservatoire de Bordeaux entre 1994 et 1996.
S’ensuit un périple en France à la recherche de sa « famille » artistique. Après avoir vécu-à et visité successivement Rennes et Paris, c’est à Saint-Etienne que rencontrant Benoît Lambert il est renvoyé sur une impulsion de celui-ci presque à son point de départ : à Agen, aux côtés de Pierre Debauche.
Entre 2006 et 2009, il jouera au théâtre du jour notamment dans « Le sourire d’Averroès » de P.Debauche ; « Lorenzaccio » de Musset ; « La commune de Paris » de Robert Angebaud ; « L’île au trésor » de Pieryk Vanneuville ; « Et les poissons partirent combattre les hommes » d’Angelica Liddell, « La sortie au théâtre » de Karl Valentin ; « La vie parisienne », d’Offenbach, Meilhac et Halevy ; « La Fausse suivante » de Marivaux ; ainsi que dans un cabaret littéraire.
Il y écrit également, notamment pour un café littéraire déjanté et un spectacle jeune public « Tahn et le Roi Hiver » qu’il met également en scène.
En 2010 il écrit « Locomotif » pour Bivouac compagnie ; une pièce spécialement conçue pour intégrer parfaitement un acrobate circassien, dans laquelle il joue également en 2011 et 2012.
Il s’installe en Auvergne en 2011 ou il assiste brièvement Julie Binot dans la compagnie « Les gemmes » où il joue et co-met en scène « la parenthèse de sang » de Sony Labou Tansi pour le cinquantième anniversaire du CNCS de Moulins ; avant de cofonder le « théâtre de la petite bulle ».
Avec celui-ci il joue et met en scène « C’est le soleil qui m’a brûlé » sur des textes d’Aimé Césaire en 2013, et un spectacle jeune public « Miche et drate » de Gérald Chevrolet en 2014.
Il travaille comme acteur à partir de 2013 pour la compagnie Dédale dans laquelle il s’investit particulièrement jusqu’en 2015, au fil des Laborynthus, des Cabarets de la pleine lune et de l’école du spectateur.
Acteur protéiforme, son élan artistique prend sa source dans l’amitié réelle qu’il porte aux publics.

CATHERINE REVERSEAU

Catherine Reverseau vit en Auvergne, depuis 25 ans, elle crée des lumières pour des spectacles de théâtre, de danse et de musique, ainsi que pour des évènements.
Eclairagiste, créatrice de lumière et d’ombres pour le spectacle vivant.
Après quelques années comme éducatrice auprès de jeunes, rentre dans la famille du spectacle vivant d’abord comme costumière (création et réalisation) pour la danse, puis pour le théâtre et la musique.
Elle a commencé à appréhender la lumière comme un magnifique outil pour dévoiler différents aspects des textiles et des matières, et par la suite comme un langage à part entière dévoilant nos brillances et nos parts d’ombres.
Curieuse de toutes les formes d’arts, elle travaille avec de nombreuses familles artistiques (théâtre, musique contemporaine, lyrique, jazz, danse, chanson, sculptures, évènements...). Elle utilise aussi la lumière dans l'improvisation avec de nombreux danseurs, musiciens, plasticiens, vidéastes.
Intéressée par les nouvelles technologies, elle reste avant tout attirée par le côté “artisanal” de ce métier. Ceci la pousse souvent à créer de nouveaux projecteurs et systèmes permettant des lumières spécifiques créées pour un spectacle, ou de détourner des sources de lumière de leur destination première.
Elle a ainsi éclairé plus de deux cents spectacles en France et à l’étranger et collabore particulièrement avec des compagnies privilégiant le théâtre musical.
Elle a notamment travaillé pour François Rancillac, J.L Debard, Dominique Dimey, Cie Thylda, D Ardaillon, Marc Lauras, A. Dumazel, M de Bussac, D. Richer, les Ballets du Centre, Cie Anabase, plusieurs festivals de danse, Jackie Taffanel, nombreux chanteurs, Vol K danse, Kirikoketa, Cie Italique Cie la Traverse, Percuphonies, Actuel Théâtre, Theatralador, Cie Entracte, Comédie de st-Etienne,
Comédie de Clermont-Ferrand, Centre lyrique d'Auvergne, CIe des Ravageurs, l'Abreuvoir, Cie les guêpes rouges, théâtre de Romette. Cie Hyaquadire (cirque) Elle a fondé le Cartel des argonautes, réunissant 4 créateurs : vidéaste, musicien électroacoustique, auteur et éclairagiste et “co-créé un lieu de spectacle en milieu rural.

 

 

Le Chantou, Place de l'église, 63730 Les Martres de Veyre - 06 17 33 92 15

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